'La honte negro, tu t'rends compte negro ? La honte negro.'
La pianiste s'avança dans la pièce froide. De grandes vitres brisées s'ouvraient et se refermaient au grès du vent de Décembre. Son souffle s'évaporait dans l'air, le sol craquait sous ses pas, sa silhouette, suivi du claquement de ses talons contre le plancher. Son pas était lent et léger, sa démarche impérieuse. Elle arrêta son regard sur le cadran d'une fenêtre inexistante, détaillant les immeubles vieux et délabrés, froids et gris, dépourvus de vie.
Son regard dévia sur le piano, grand et imposant. Elle s'approcha, ne pouvant détourner les yeux de l'instrument, hypnotisée, et caressa de ses doigts la carrure de l'objet, sa main hésitante contournait chaque courbes. Ses doigts glissèrent sur les touches dans le silence imprégnant sortit des ténèbres ; il était glacial.
Elle s'installa et posa ses quelques feuilles de partitions sur le pupitre. La mélodie s'échappa de ses doigts, remplissant la pièce d'une plainte aigue et lente. Les cheveux de la jeune fille virevoltaient suite à la brise qui soufflait dans l'horizon. La complainte musical se faisait plus cruelle, plus humaine, plus sensible. Une larme s'écrasa sur une touche, vite effacée par ces doigts agiles qui se promenaient sur le clavier, un sentiment de frustration naissant dans l'espace. Et parmi ce murmure de son, un cri déchirant vint troubler la douce mélodie. Il se répercutait dans la musique, s'animant sous la perfection des mouvements de la musicienne.
Le rosé de ses joues inondées de larmes était la seule source de couleur dans cette silhouette avachie sur le tabouret, poupée de son. Aucun gémissement : une plainte silencieuse reportée sur les touches d'un piano désaccordé.
Une rafale de vent s'engouffra dans la pièce vide. Les partitions s'envolèrent. La pianiste cessa de jouer, se perdant dans le paysage. Elle se leva, et sortit de la pièce, le sol craquait sous ses pas, sa silhouette, suivie du claquement de ses talons contre le plancher. La pièce était gelée. Les notes étaient recouvertes d'une fine pellicule d'eau salée. Un flocon de neige vint atterrir contre la vitre.
Et le vent pénétra, portant avec lui une douce mélodie.